Le projet de Centre aquatique à Honfleur

Nous revoilà ! Et pour parler du futur Centre aquatique. C’est du lourd ! c’est 20 000 m2 de terrain, 4 200 m2 de constructions. C’est dans les 2 années à venir 20 millions d’investissement (études, terrain, infrastructures) et 42,5 millions de redevances à verser au futur concessionnaire sur 25 ans (1,4 million/an par la CCPHB et 350 000 €/an par la Ville de Honfleur). Vertigineux, non ?

Et pour faire quoi ?

Un bassin de natation guère plus grand que la piscine actuelle mais surtout un bassin de loisirs, une lagune de jeux, un toboggan intérieur, un sauna, un hammam, un bassin de « balnéo-détente », un plateau sportif de remise en forme, un solarium, une plaine de jeux extérieure. N’en jetez plus !

Et où ? A côté du Village des Marques, loin du centre-ville, loin des écoles, collège, lycée, loin du Plateau, loin de tout ! mais à proximité de magasins et des touristes !

Alors aujourd’hui, on va simplement s’intéresser au projet global tel que présenté par la « Mission H2O », le bureau d’études auquel la CCPHB a fait appel pour l’assistance à la maîtrise d’ouvrage.

Un centre aquatique, pourquoi ?

Première remarque : les statistiques du bureau d’études (Mission H2 ) datent de 2017,2018, 2019 …

Il s’en est passé des choses entre 2017 et 2024. Tiens, à Honfleur, le ras le bol des touristes par exemple. Ce n’est plus du surtourisme, c’est du giga-tourisme ! Il y a 7 ans, le Vieux Bassin en été, ce n’était pas encore les Galeries Farfouillette le premier jour des soldes ! Alors, attirer encore davantage de touristes, les faire rester plus longtemps, c’est vraiment pas le premier souci des Honfleurais!

Bon, pour les scolaires, les associations, les amateurs de natation, nous,  on n’est pas contre un nouvel équipement. Mais si la piscine actuelle était prévue pour durer 20 ans et qu’elle en avait déjà plus de 40 en 2016, pourquoi avoir dépensé 80 000  € en travaux en 2017 et 2018 ? C’est pas grave, ce n’est pas énorme par rapport à ce qui nous attend, ce sont les contribuables de la CCPHB et de Honfleur qui paient ! Passons.

Si notre piscine est trop petite, le nouveau bassin de natation, n’est pas gigantesque, vous allez voir !

Parlons des scolaires

Michel Lamarre a déclaré à Ouest-France en 2024 : « En effet, la piscine, dite d’Honfleur (sic), qui permettait d’apprendre à nager seulement à un enfant sur deux, a fait son temps. »
Alors, pour la fréquentation du futur centre aquatique, va falloir ajouter des couloirs ou les allonger parce que la population scolaire de la CCPHB en 2024, elle n’est pas de 4 230 enfants solarisés mais de 5 477 enfants et jeunes scolarisés (de 2 à 24 ans) ! Même si elle diminue… (Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=EPCI-200066827#graphique-FOR_G1

Mais tous les scolaires  ne vont pas à la piscine et tous ne viennent pas à la piscine de Honfleur.

La fréquentation actuelle de la piscine par les scolaires et autres usagers est un mystère, le dossier de la CCPHB ne donne qu’un planning d’occupation hebdomadaire, mais aucun chiffre sur le nombre d’entrées.

Le Ministère de l’Éducation nationale prévoit un nombre minimal de séquences pour les élèves des écoles, collèges et lycées pour obtenir une « Attestation du savoir-nager en sécurité (ASNS) » en fin de 6e-5e si possible. https://eduscol.education.fr/3254/savoir-nager-en-securite-de-la-maternelle-au-lycee

Nous, on a calculé sur la base des chiffres de l’INSEE et des textes officiels de l’Éducation nationale (de 2022, pas de 2015, comme dans le projet élaboré par Mission H2O !).

De 6 à 14 ans fin (du CP à la fin de la 6e-5e ), on a 3 100 élèves sur la CCPHB, qui devraient suivre 30 à 48 séances de natation en 9 ans.

De 15 à 22 ans , ce sont  1 200 jeunes scolarisés qui ne suivront au plus qu’une trentaine de séances en 8 ans.

Total : pour les  4 300 élèves de 6 à 22 ans qui suivent chaque année entre 6 et 12 séances de natation on arrive à une fourchette de 26  000 à 52 000 entrées.

La CCPHB arrive  à 180 000 entrées par an, 1 000 entrées par jour !  On ne sait pas comment elle calcule, ni comment elle entassera 1 000 scolaires par jour dans une piscine qui ne sera pas plus longue que le bassin actuel (25 m) et qui n’aura que 2 couloirs de natation de plus (6 au lieu de 4 actuellement). Il va y avoir des embouteillages !!

D’ailleurs, un questionnaire aurait été distribué aux usagers de la piscine et on aurait reçu 1060 réponses (en 2017 ?). Il ressort des réponses que le bassin actuel est déjà trop petit.

Tout cela n’est pas sérieux. Ou bien il y aura 1 000 entrées par jour et il faut quasiment doubler les capacités du bassin de natation principal, ou bien, comme nous le pensons, ce sera à peu près 500 entrées scolaires et c’est déjà beaucoup !

Plouf !

Pour la plongée, il faudrait  revoir la « sur-profondeur » de 3 mètres. C’est vrai, on n’a pas vu de plongeoir dans le projet, parce que pour apprendre vraiment à plonger, il faut une profondeur de 5 mètres minimum. Sinon, c’est de la « piscine classique ». Mais creuser une sur-profondeur de 5 mètres, plus les fondations… dans un terrain marécageux, ça coûterait plus cher et les ennuis ne sont pas exclus avec la montée des eaux. Plus 1 mètre pour le niveau de la mer en 2100 selon le GIEC, d’accord. Mais ça sera peut-être plus 3 cm en 2027 et 2 cm/an tous les ans jusqu’en 2100, ou 30 cm d’immersion par inondation l’année prochaine, va savoir. C’est là qu’on n’aura plus besoin de piscine !

Les autres usagers de la piscine

Mais il n’y a pas que les scolaires qui ont envie de nager, il y a les membres des  associations, le CHAN par exemple, qui voudrait bien 6 couloirs de 50 mètres et une profondeur de 5 mètres.  Ben, c’est non, ils attendront … la saint Glin-Glin.

Pourtant le Contrat de concession présenté par la CCPHB dit que l’objectif est « pour les clubs sportifs : leur permettre d’assurer l’entraînement et la performance de leurs adhérents »… Comme on dit, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

Enfin, il y a aussi les individuels de tous âges, les familles, les seniors, les bébés, les personnes en situation de handicap qui souhaitent une accessibilité. Tous ne se contenteront pas forcément du mercredi après-midi et du samedi matin. Car le week-end, ce sera pour les touristes, vaut mieux les éviter…

Le  projet prévoit donc un bassin d’apprentissage et de loisir, une lagune de jeux intérieurs et un toboggan. Voilà pour les familles. Ouf ! Elles au moins seront en partie satisfaites.  

Mais pas d’augmentation de capacité d’accueil en natation, pas une ligne sur l’accessibilité aux personnes en situation de handicap, on parle même « d’escalier d’accès au bassin de natation » ! Espérons que les séniors pourront se tenir à une rampe pour ne pas glisser !

Le « bien-être » des touristes

Les plus heureux, ce seront les TOURISTES ! Eux, ils vont être gâtés avec la suite « offre bien-être et offre estivale ».  Alors là, on ne lésine pas ! Hammam, sauna, plateau sportif, sur 600m2, plus que le grand Grenier à sel!

On vous expliquera qu’un centre aquatique est déficitaire s’il n’y a pas une offre commerciale de services « bien-être » qui rapportent.

Mais à Honfleur, les touristes et  même les locaux, s’ils sont adeptes du spa, ils ont déjà à leur disposition Les Maisons de Léa, Le Domaine du Clos fleuri, La Ferme Saint-Siméon, l’Hôtel Eden Spa, l’Hôtel du Dauphin -La Plage Concept-Spa, on en oublie sans doute. Ces établissements sont ouverts sans réservation hôtelière, donc à tous, avec soins à la carte ! C’est plus cher que l’entrée à la piscine, c’est sûr, mais « quand on aime, on compte pas»  et ce n’est pas non plus un besoin social vital qui devrait être pris en charge par une collectivité !

L’offre « extérieure » pour les touristes encore !

Comme on vient à Honfleur pour bronzer et qu’il n’y a pas de plage (c’est bien connu !), sur 1 500 m2,  les touristes auront un solarium et une « plaine de jeux extérieurs ». Elle est pas belle la vie ?

Pourtant pour bronzer, patauger dans l’eau, s’amuser, la plage du Butin est plutôt chouette. Le site de la Ville et l’Office du tourisme en font la promotion : pavillon bleu, sanitaires, cabines de plage, douches, une pataugeoire, une aire de jeu et un snack. Le poste de secours est ouvert en juillet et août (jusqu’au 1er septembre) tous les jours. En juillet 2023 Ouest-France avait même consacré un article à « La plage du Butin à Honfleur, la « plus vraie » de la Côte fleurie ».

Faudrait peut-être la flécher mieux, l’indiquer par un panneau sur la route. On peut sûrement améliorer sa visibilité. On pourrait … bien d’autres choses, mais l’équipe de M. Lamarre n’a pas d’idées ou s’en bat l’œil.

Des changements de consommation des loisirs ?

Donc, pour M. Lamarre, aller à la plage, c’est ringard : « En cinquante ans, les besoins et les attentes de nos concitoyens ont évolué. »

C’est sûr, mais cela ne signifie pas que la mission d’une commune et d’une communauté de communes soit de satisfaire une demande consumériste d’agrément. Il y a les entreprises privées pour cela, commerces, établissements de détente et de soins, etc.

On nous serine qu’il faut répondre aux « fonctions liées au bien-être et qui sont en accroissement ». Mais c’est déjà du passé. Le CREDOC (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie), dans sa dernière étude de juillet 2024 sur les tendances de la consommation conclut que si la représentation de la consommation est toujours liée au plaisir, au confort, à la liberté,  de nouveaux  comportements deviennent décisifs :  des valeurs  éco-centrées, la proximité à la nature, le rapport au temps et le désir de ralentir son rythme de vie, la tentation au repli sur la sphère privée, le rapport aux autres, etc. Rien à voir avec le giga-tourisme de consommation ! (Source: https://www.credoc.fr/storage/plkt/tendances-conso.pdf )

Pas sûr que dans les années à venir, avec la concurrence des équipements aquatiques de la Côte fleurie, de la thalasso et balnéo thérapie, on se bousculera dans ce genre de supermarché du bien-être que veut M. Lamarre…

Et le retour de la natation en milieu naturel ? Au printemps 2023, dans le numéro 46 du « Honfleurais « Authentique, écologique, artistique » (sic !),   il était question d’initier 5 classes de CM1-CM2 à la pratique de la natation en mer. 

« Appréhender les marées et l’environnement de la mer, prendre conscience du courant, connaître les gestes de premiers secours voire sauver quelqu’un de la noyade… les élèves de CM1 et de CM2 des écoles publiques de la ville (le Bouloir, Champlain, Monet) vont, tout bientôt, pouvoir bénéficier de ces apprentissages grâce au nouveau projet « Natation en milieu naturel ».

Nous ignorons si cela a été fait et reconduit en 2024.

Bref, si les « besoins et les attentes » se modifient dans le sens que prévoit le CREDOC et que les espaces commerciaux de bien être du futur centre aquatique ne sont pas aussi rentables que prévu, la CCPHB a intérêt à verrouiller les clauses du contrat de concession pour que le bénéficiaire ne se retourne pas contre elle en cas de déficit d‘exploitation !

L’implantation du centre aquatique

La CCPHB a choisi Honfleur et a sélectionné 3 sites possibles : le PACH – Parc d’Activités Calvados Honfleur- (entrée est), le Plateau (entrée sud ) et la piscine actuelle.

Ses critères de choix : « orientation sud, accessibilité VL et modes doux, proximité des transports en commun, maîtrise foncière simple ».

Le lieu retenu est le PACH, à côté du Village des marques.

« Dans le prolongement du Village des marques sur le parc d’activités Calvados-Honfleur : Avec tous les atouts que cela peut comporter, à mi-chemin du Calvados et de l’Eure, et sur le passage des touristes. »

Ainsi, le Centre aquatique dopera les visites au Village des marques qui en a bien besoin et vice-versa! Ah, pour le Commerce, il en a des idées notre Michel Lamarre!

Orientation sud ? le projet aura une vue imprenable au sud sur… le Village des marques !

À mi-chemin du Calvados et de l’Eure ? Les deux autres sites le sont aussi…

Les transports en commun ?  Le Village des marques est desservi par les lignes B et C de Hobus mais le Plateau par les lignes A et C. Donc, match nul.

La population environnante ? Pour le Village des marques : des touristes, des consommateurs.

Pour le Plateau :  plus de la moitié de la population honfleuraise ! Mixité sociale, population jeune et scolaire (écoles, collège, lycée),  accès facile pour les communes de La Rivière-Saint-Sauveur, Ablon, Gonneville, Fourneville, etc.

Ce serait une idée novatrice et intelligente d’implanter le centre aquatique sur le Plateau.

Ce serait l’occasion de lui donner une identité. Elle n’a ni maison de quartier (permanence des services sociaux, administratifs et de sécurité de la Mairie),  ni salle de réunion ouverte à tous, ni local de santé, ni locaux commerciaux à des tarifs abordables, ni salle de jeux ou de spectacle, ni marché : le marché Sainte-Catherine est inaccessible le samedi quand les touristes sont là, mais M. Lamarre n’y vient jamais, il ne le sait pas, on ne le lui dit pas… 

Les nombreux habitants du Plateau investis ailleurs dans des associations, les personnes isolées ou en situation précaire, les jeunes, se sentiraient alors dans une communauté de vie. On peut rêver…

À suivre …

Voilà pour le projet de centre aquatique, tel qu’il nous est présenté aujourd’hui.

Quant aux coûts d’investissement et de fonctionnement, à l’endettement prévisible, aux conséquences sur la taxe foncière de la commune et de la CCPHB par exemple, ce sera l’objet d’un prochain article. Sans oublier l’environnement dont Laisse Béton  a déjà parlé depuis plusieurs mois sur sa page Facebook :  https://www.facebook.com/LBHonfleur.

Publié par Sauvons Honfleur

Nous sommes un collectif de Honfleurais et de citoyens du « Pays de Honfleur », résidents permanents et secondaires, visiteurs réguliers. Nous sommes attachés à la qualité de vie, au patrimoine, à l’environnement de notre ville. Nous souhaitons alerter quand des décisions officielles, des conditions de vie quotidiennes, des pratiques, nous semblent préjudiciables aux humains, au patrimoine, à l’avenir de notre cité.