Ah ! La carte postale du Vieux Bassin qui attire les touristes, il nous l’a servie jusqu’à plus soif, not’bon maire. Les retombées du tourisme pour la Ville et … pour certains propriétaires malins qui profitent de la rente immobilière. Sauf que la carte postale est déjà bien amochée.
Le feuilleton des travaux et des expertises
Ouest-France nous informait le 1er juillet dernier que des immeubles risquaient de s’effondrer sur le quai Sainte-Catherine et sur la place Berthelot. Mais début 2025 déjà, des travaux de ravalement de façade avaient commencé place Berthelot. C’est alors que « des désordres structurels avaient été constatés par les entreprises successives au cours de ce chantier d’envergure ».
Des échafaudages avaient été posés afin de refaire la façade et de réparer les « désordres » comme en témoignent les panneaux des entreprises de travaux et celui de Foncia qui « prend soin de votre immeuble » … En fait, les ouvriers sur le chantier en constatant des « désordres » plus profonds qu’annoncés, ont lancé une nouvelle alerte qui a abouti à une seconde expertise aux conclusions dramatiques.
Alors la mairie a enfin pris un « arrêté de mise en sécurité – procédure d’urgence ». Les occupants ont dû faire leurs bagages sur le champ et les commerces fermer leurs portes en plein début de la saison touristique. Les échafaudages ont disparu ainsi que la publicité de Foncia !
Les touristes arrivent, faut pas les effrayer avec une image ternie de Honfleur : son Vieux Bassin, ses quais et le décor de la place Sainte-Catherine doivent coûte que coûte rester présentables pour les selfies.

La Mairie a juste placé des barricades et apposé l’arrêté n°2025-381 . C’est bon, les touristes ne vont pas s’arrêter pour le lire. Sauf que les conclusions de l’expert, reprises dans l’arrêté, ne sont pas rassurantes : « Il existe un risque majeur d’effondrement du mur de refend, voire un risque d’effondrement généralisé. (…) La solidité des immeubles situés : 30 32 et 34 Place Berthelot ainsi que 36 38 et 40 Quai sainte Catherine est sévèrement remise en cause et présente un danger imminent pour tous les occupants et pour les passants circulant à proximité. »
Et plus loin, le rapport d’expertise estime qu’il s’agit « d’un danger grave et imminent pour la sécurité publique ». Plusieurs raisons sont stipulées : « Le mur séparatif en briques avec l’immeuble contigu du 30, place Berthelot est totalement désolidarisé du mur de la façade » ; « les sommiers en bois supportant le plancher supérieur et la façade sont faiblement ancrés dans la maçonnerie et présentent un état de pourrissement avancé à leur extrémité » ; « des fissures apparentes à différents endroits et sur différents immeubles affectant la solidité ».
Comment est-ce possible d’en arriver là dans le cœur historique de Honfleur ?
Un peu d’histoire : celle des maisons du Quai Sainte-Catherine. Elles furent construites au début du XVIIIe siècle, sur des terrains achetés par la duchesse de Montpensier à la fin du XVIIe siècle lors de la construction d’un nouveau bassin qui deviendra le « Vieux Bassin ». Une belle opération immobilière : ils furent lotis en très petits terrains et vendus deux fois, une fois côté bassin et une fois côté église Sainte-Catherine pour bâtir au-dessus, car les acheteurs se bousculaient pour avoir une maison sur le bassin. Certaines maisons avaient une cave voûtée en pierres mais pas toutes et on dit que des restaurateurs du quai Sainte-Catherine, pour faire du chiffre et faute de place, ont creusé en douce des cuisines à l’arrière de leurs salles de restaurant. Ce ne doit pas être bon pour la stabilité générale des bâtiments. Mais il faut les comprendre…
Ensuite, il faut tenir compte de la cascade de parties prenantes.
D’abord, les commerçants du quai Sainte-Catherine, de la Place Berthelot, de la rue des Logettes et de la Rue du Dauphin. S’ils ont des recettes sensationnelles en période touristique, ils paient aussi à leurs propriétaires ou au syndic des loyers commerciaux exorbitants. Et puis, leurs bailleurs et propriétaires ne les ont sans doute pas informés de la vétusté générale des immeubles de ce quai historique. « Je ne savais pas qu’il y avait cette dangerosité. J’ai vu l’état se détériorer et s’accélérer mais il y avait déjà des fissures depuis longtemps » déclare à Ouest-France la bijoutière du magasin Stella. La responsable de la brasserie Le Marin confirme : « Je n’étais pas au courant, le propriétaire ne me tient jamais informée. »
La gérante d’un autre restaurant, le « Anne-Charlotte », un peu plus loin vers la Lieutenance, en sait quelque chose. Son problème existe depuis trente ans et n’est toujours pas réglé : « Ma mère a fait une première déclaration auprès des assurances, en 1995, et on lui a déjà fait savoir que les fuites étaient antérieures à son contrat. Sept expertises se sont enchaînées, en trente ans », indiquait dans Ouest-France le 1er mars 2024 Anne-Charlotte Ressencourt. Pour cette commerçante, un problème de fuite sur une canalisation d’eaux usées serait en cause, provoquant des ruissellements incessants qui imbibent ses murs. Tantôt le restaurant est ouvert, tantôt il est fermé. Le préjudice, lui, pourrait approcher le million d’euros pour ces restauratrices, selon le quotidien. Tous les Honfleurais le savent : les réseaux d’eau potable et d’eaux usées, ce n’est pas le top ici. Bien des quartiers ont encore des fosses septiques… c’est tout dire.

Ensuite, il y a parfois un syndic entre le commerçant et le propriétaire. Dans notre cas, on trouve Foncia qui représente le syndicat des copropriétaires des 36 et 38 quai Sainte Catherine et des 32, 34 Place Berthelot. Ajoutons un propriétaire pour le 40 Quai Sainte- Catherine (et le 30 Place Berthelot). « En 2023, l’agence Foncia, gérant la copropriété de ces immeubles, alertait les propriétaires et la mairie de Honfleur quant à un état de forte dégradation de ces bâtiments. » lit-on dans Ouest-France. Ah oui ! déjà en 2023… Et ensuite ?
La Mairie avait « demandé la désignation d’un expert par le Tribunal. Après la visite de l’expert et l’analyse des lieux, il a été demandé que des mesures « conservatoires d’urgence » soient mises en œuvre, à savoir la pose d’étais dans le local « Natacha Perlik », des étrésillons aux fenêtres côté place Berthelot et la pose d’un filet anti-chutes ; actions qui ont été réalisées. »
Et après les « mesures conservatoires d’urgence » ? Ben, c’est au syndic et aux propriétaires de commander et de faire exécuter les travaux nécessaires. Mais ça leur aurait coûté un bras ! Donc, c’est l’indifférence aux risques, le mépris des commerçants et des touristes qui mangent une crêpe ou dorment dans une location saisonnière. Les proprios encaissent tranquillement les loyers et ils mettent un cierge à Sainte-Catherine en priant que ça tienne comme ça jusqu’à la Saint Glinglin. L’expert désigné par le Tribunal n’avait-il pas constaté « la vétusté généralisée d’ouvrages datant de plusieurs siècles ». Alors, ça tiendra bien encore un siècle…
C’est comme à Marseille, rue d’Aubagne, où les immeubles qui se sont effondrés datent du XVIIIe et du XIXe siècles et se délabrent depuis des décennies. Le jugement rendu le 7 juillet dernier a condamné propriétaires et… anciens élus (dont un ancien élu régional et l’ancien adjoint au maire à la sécurité) à des peines de prison ferme ou avec sursis, pour « homicide involontaire par violation manifeste d’une obligation de sécurité ». Prions Sainte-Catherine pour qu’on n’en arrive pas à un drame de cet ordre…
« Construire plutôt que sécuriser et rénover »
À Honfleur, quand des citoyens parlent de rénovation du patrimoine immobilier (ne parlons pas des friches municipales !) la Mairie est aux abonnés absents. Pour les équipements communaux, les écoles, la piscine, la Mairie et not’bon maire le premier, vous répondent « Waouh ! Ça coûte trop cher ! Démolissons plutôt et construisons ! » Mais pour le Centre aquatique, c’est « open bar » côté finances. Pour les maisons du quai Sainte-Catherine, comme on ne peut pas les démolir, on met le problème sous le tapis. Circulez!
Quant à notre « site patrimonial remarquable », qui englobe nos monuments historiques et les rues de la vieille ville, il semble que nos premiers édiles s’en soucient comme d’une guigne. Un seul exemple éclairant le prouve : la commission locale de surveillance du site ne s’est jamais réunie depuis la création du secteur sauvegardé en 1985, il y a quarante ans. Sur le site de la Mairie, elle n’existe même pas !
Il serait temps, grand temps de lancer un « Programme Sainte-Catherine », avec des expertises diligentées par la Mairie et l’État, des astreintes aux propriétaires, un plan de travaux, un plan de financement (propriétaires et commune), avant que la carte postale ne tombe à l’eau dans le Vieux Bassin ! Oui.

« Oui », comme disait souvent Satie à la fin de ses phrases; il écrivait par ailleurs : « Je ne vois pas pourquoi l’argent n’aurait pas d’odeur, lui qui peut tout avoir. »

Écoutez : La Diva de l’Empire
Philippe Jaroussky (contreténor), Cyril Auvity (ténor), Céline Scheen (soprano)
« Composée en 1904, La Diva de l’Empire est la chanson la plus populaire de Satie, avec Je te veux. Il s’agit d’un cake-walk, une danse populaire d’origine afro-américaine avec une forte dimension ironique, rendue populaire en Europe et en France par le music-hall. (…)
Dans une période où Satie vivait dans l’insuccès et une grande pauvreté, il était selon ses propres mots obligé de composer de “rudes saloperies” pour survivre. Pourtant, on ne peut pas dire que son intégrité créatrice soit totalement remise en cause dans la Diva de l’Empire, où l’on peut reconnaître la pureté du style caractéristique de ses Gymnopédies et Gnossiennes.
La Diva de l’Empire fait référence à un music-hall du Leicester Square à Londres, dont le promenoir était un haut lieu de dandys et de prostituées de luxe. » (Youtube)
Paroles
Sous le grand chapeau Greenaway
Mettant l’éclat d’un sourire
D’un rire charmant et frais
De baby étonné qui soupire
Little girl aux yeux veloutés
C’est la diva de l’Empire
C’est la reine dont s’éprennent les gentlemen
Et tous les dandys De Piccadilly
Dans un seul yes, elle met tant de douceur
Que tous les snobs en gilet à cœur
L’accueillant de hourras frénétiques
Sur la scène lancent des gerbes de fleurs
Sans remarquer le rire narquois
De son joli minois. Elle danse presque automatiquement
Et soulève, oh ! Très pudiquement
Ses jolis dessous de fanfreluches
De ses jambes montrant le frétillement
C’est à la fois très, très innocent
Et très, très excitant