Honfleur Infos nous apprenait début juillet qu’un « affaissement du sol dans l’église Sainte-Catherine inquiète les paroissiens… »

Photo @Honfleur Infos : Affaissement du sol sur plusieurs mètres
« Des paroissiens et des fidèles ont constaté, avec effroi que le sol de l’église avait bougé au niveau de la jonction des deux nefs. (…) Les deux nefs, composées de douze travées, sont séparées des bas-côtés par les poteaux en bois. La semaine passée, c’est au pied de ces poteaux en bois que des paroissiens et des fidèles ont constaté, avec effroi que le sol de l’église avait bougé au niveau de la jonction des deux nefs. Une variation du sol laissant apparaître un affaissement, par endroits, de plusieurs centimètres, mais aussi des pavés brisés et d’autres fissurés. » rapporte Honfleur Infos.
Ça ne vous rappelle rien, la « jonction des deux nefs » et le « mur séparatif désolidarisé », par exemple ? Le mur séparatif, c’était pour les maisons du quai Sainte-Catherine. Or, l’église Sainte-Catherine et le Bistrot des artistes sont distants… de 25 mètres environ ! On dirait que ça bouge dans le quartier…
Ce n’est qu’une « histoire de joints »
Un architecte du patrimoine s’est déplacé et son rapport a rassuré tout le monde. La Mairie a expliqué que « les sols [de l’église] en carreaux de ciment ou en grès sont posés sans joints sur un lit de sable lui-même sur un sol dur. » Et l’architecte précise : « les carreaux se sont soulevés au centre de l’église (…) mais il s’avère que le lit de sable et le support dur n’ont pas bougé (…) Tous ces éléments plaident pour un problème de dilatation des sols avec les chaleurs exceptionnelles de ce début de semaine dernière ». D’après l’architecte, « le dallage qui n’a aucun moyen de dilater faute de joint de dilatation s’est soulevé sous l’effet du gonflement.» Il préconise donc de reprendre le carrelage en créant des joints pour permettre la dilatation. « Ces éléments ont été validés et confortés par les services de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Normandie », conclut le communiqué.
Donc, si on suit le raisonnement de l’architecte, le lit de sable et le « support dur » n’ont pas bougé mais les sols se sont dilatés… et seulement à la jonction des deux nefs. Un mètre plus loin, à droite, à gauche, les autres « bandes de carreaux » de la même couleur, avec les mêmes joints, mais éloignées des « poteaux », n’ont pas bougé. Bizarre, non ? Ça ne l’a pas étonné l’architecte du patrimoine ?
Et le sol, en-dessous de l’église Sainte-Catherine ?
Nous, on n’est pas architectes ni géologues mais on sait que quand on dépose une demande de permis de construire, il faut s’informer sur la nature du terrain (et les risques) et pour cela, sur le site de CCPHB il y a le PLUi et le PCAET (Plan Climat Air Énergie Territorial) disponibles pour tout un chacun.
La CCPHB donne de précieux conseils comme « Penser son projet en fonction des spécificités du terrain : par exemple quelle est la nature des sols ? Quel est l’écoulement des eaux pluviales ? »
Les charpentiers des XVe et XVIe siècles qui construisirent l’église Sainte-Catherine n’avaient pas le PCAET sur ordi, mais ils n’étaient pas stupides, ils savaient bien que tout le quartier se situait sur le flanc de la côte de Grâce et qu’il fallait des fondations solides et profondes. Mais elles sont en bois… Et puis, ils n’imaginaient pas un changement climatique qui provoquerait les modifications des sols que nous connaissons depuis 50 ans. Enfin, ils ne savaient pas qu’en baie de Seine, les terrains les plus récents de l’ère quaternaire (depuis les argiles jusqu’aux galets, en passant par les limons, les sables et les graviers) sont naturellement fragiles, ils ont une épaisseur qui varie de 5 à 10 mètres en moyenne sur le bassin Seine-Normandie ; mais localement, en basse vallée de Seine, des épaisseurs de 40 mètres sont observées. Tout ça, c’est pas vraiment du solide ! On n’est pas sur du granit de Bretagne.
Sur le site de la CCPHB, on trouve à ce sujet le rapport du PCAET (Plan Climat Air Énergie Territorial) de 2023. Pour faire court, la place Sainte-Catherine est sujette aux risques: de mouvements de terrain, de retrait-gonflement des argiles (comme toute la Côte de Grâce) et de cavités souterraines… Il n’a pas consulté le PCAET de la CCPHB, l’architecte du patrimoine ? Il y aurait peut-être trouvé d’autres idées que ses histoires de joints de dilatation seulement à la jonction des deux nefs.
Et s’il fallait des expertises complémentaires et des mesures de protection ? Il y a peut-être urgence. Mais dans l’église Sainte-Catherine, on a jugé suffisant de rafistoler tout ça en badigeonnant les trous avec un couche d’enduit et on a posé une carpette sur ceux de l’entrée. C’est la célèbre méthode honfleuraise : on met les problèmes sous le tapis !

Honfleur protégera-t-il un jour son patrimoine historique ?
La Mairie, propriétaire de l’église Sainte-Catherine, a-t-elle demandé des expertises de toute la place et des rues voisines, son domaine public ? Not’bon maire sait-il que Honfleur compte plus de 60 bâtiments historiques inscrits ou classés qui ont entre deux et quatre siècles d’existence (dont toutes les maisons du quai Sainte-Catherine) presque tous situés en zone « fragile » ? S’est-il enfin décidé à réunir la Commission locale de surveillance du site patrimonial remarquable qui devrait siéger depuis 40 ans et dont on discutait encore de la mise en place en 2023 à la CCPHB (seulement pour élargir son périmètre) ?
Quand seront mis à jour le zonage du Site patrimonial remarquable et le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) qui datent de 1985 ? (voir le site de la CCPHB https://www.ccphb.fr/amenager-et-developper/planification/plan-de-sauvegarde-de-mise-en-valeur-psmv-honfleur-centre/ )
Quand Honfleur se décidera-t-elle à mettre en place un Plan de Prévention des Risques naturels (PPR) comme à Trouville, Cricqueboeuf, Villerville ?
Vous le saurez … dans le prochain épisode ! En attendant, la mousse et les fougères poussent tranquillement sur le clocher de l’église Sainte-Catherine qui se délabre, une porte en bois pourrit, peinarde … « Oui ! » (comme aurait dit Satie).


Allez, pour quitter Sainte-Catherine sans oublier Honfleur, rappelons que Satie est mort le 1er juillet 1925. Il est encore temps de lui rendre hommage en écoutant Khatia Buniatishvili jouer sa Première Gymnopédie.