Not’bon maire s’est récemment fendu d’un communiqué publié intégralement dans Honfleur Infos pour répondre à certains articles de presse sur le rapport de la Chambre régionale des comptes rendu public en juin 2025 lors d’un conseil municipal, c’est-à-dire il y a plus de trois mois quand même… M. Lamarre déclare : « Ce rapport avait alors fait l’objet d’une couverture médiatique légitime. Il fait aujourd’hui l’objet de nouvelles publications, sans que la Ville de Honfleur n’ait été sollicitée pour apporter les précisions nécessaires. (…) Plusieurs éléments diffusés comportent ainsi des approximations, voire des interprétations inexactes. » Ce serait surprenant que la presse publie des « approximations, des interprétations » : elle dispose de l’intégralité du rapport que la Chambre elle-même envoie à la presse, c’est un document public.
Si la presse n’a pas jugé bon d’interviewer M. Lamarre, c’est parce qu’elle connaît aussi l’article L52-1 du Code général des collectivités territoriales : « Pendant les six mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite. » Interviewer M. Lamarre, c’est risquer de l’entendre « interpréter » le rapport, mettre en avant des affirmations – pas seulement des faits – avantageuses pour lui, faire sa publicité et celle de son équipe.
Si ce n’est pas de la publicité « commerciale » (rémunérée), cela s’apparente à de la propagande, donc c’est interdit.
A Honfleur, le temps est élastique
Un précédent examen des comptes avait donné lieu à un rapport en 2014. On y lisait la recommandation suivante : « se conformer à la réglementation concernant le temps de travail de ses agents. » Mais on lit dans le rapport de 2025 : « Le conseil municipal a adopté une délibération relative au règlement du temps de travail du personnel de la commune de Honfleur le 28 mars 2023. (…). Bien que cette nouvelle organisation soit intervenue tardivement par rapport aux obligations légales, elle permet de rectifier d’anciennes irrégularités qui perduraient, qui étaient déjà soulignées par le précédent rapport de la chambre.» On ne peut pas être plus clair : 9 ans pour régulariser le temps de travail, c’est en effet un peu long !
Aujourd’hui, not’bon maire affirme que le rapport définitif comprend onze recommandations dont neuf « ont d’ailleurs été mises œuvre avant même la clôture du contrôle ». Voyons un peu le calendrier de ce contrôle de la Chambre :
Entre le 2 octobre 2024 et le 10 décembre 2024 : examen des comptes et de la gestion de la commune par la Chambre.
14 février 2025 : notification au Maire des observations de la Chambre.
28 mars 2025 : réponses du maire de Honfleur, à qui la Chambre avait octroyé un délai de réponse,
Donc, entre le 2 octobre et le 28 mars, la municipalité s’est activée à « mettre œuvre » la correction des irrégularités les plus choquantes ou les plus faciles à rectifier, afin que le rapport final ne soit pas trop accablant. Cela ne signifie pas que ces irrégularités n’existaient pas, cela signifie que la mairie a commencé à les rectifier.
Le rapporteur du rapport en conseil municipal
Ce « Rapport de la Chambre régionale des comptes » a donc été présenté en conseil municipal le 24 juin 2025. M. Aziz Achouri en tant qu’agent municipal et donc non élu n’était pas autorisé à le présenter. Il a beau être le fonctionnaire le plus important dans notre ville, c’est le Directeur général des services, le DGS quoi, il ne pouvait être que « secrétaire auxiliaire ». C’est une entorse à la loi et au règlement de la Mairie. Le Code général des collectivités territoriales – Article L2121-15 dit : Au début de chacune de ses séances, le conseil municipal nomme un ou plusieurs de ses membres pour remplir les fonctions de secrétaire. Il peut adjoindre à ce ou ces secrétaires des auxiliaires, pris en dehors de ses membres, qui assistent aux séances mais sans participer aux délibérations. » M. Achouri aurait dû être muet…
Ensuite, dire que des recommandations sont « mises en œuvre » ou « en cours de mise en œuvre » ne signifie pas qu’elles sont effectives, que l’on peut en « vérifier la réalité, dont la réalité est incontestable » (Dictionnaire CNRTL). On peut avoir simplement commencé à réaliser des actions depuis le 2 octobre 2024, avoir prévu un planning ou avoir rectifié ce qui était pointé par la Chambre depuis 2014 … M. Achouri n’a rien précisé. Laisser entendre que tout ou presque a été corrigé, exécuté, n’est-ce pas une forme de « publicité », interdite depuis le 1er septembre 2025 ?
Scoop ! La Chambre régionale des comptes ment
Après le Directeur général des services, passons à la « collaboratrice de cabinet » qui bénéficiait d’une délégation de signature. Not’ bon maire affirme, droit dans ses bottes, que « la délégation de signature évoquée dans la presse n’a jamais été utilisée comme cela a été indiqué dans les réponses de la commune, annexées au rapport ».
Ah bon ? C’est faux ? Pourtant, dans sa réponse à la Chambre régionale des comptes, le maire lui-même écrit : « Il a été mis fin à la délégation visée le 12 mars 2025. Nonobstant une formulation générale de la subdélégation qui lui a été accordée initialement, notre collaboratrice de cabinet ne procédait pas directement aux engagements comptables dans les faits. En effet, elle avait, en pratique, pour mission de valider le « service fait » des factures. En d’autres termes, elle était uniquement chargée d’une mission de vérification de l’exécution des prestations dont le paiement était demandé afin d’apporter cette information aux agents du service des finances en charge d’engager ta dépense. M. Lamarre ne se paierait-il pas notre tête et celle des enquêteurs de la Chambre régionale des comptes ?
S’il a pris un arrêté le 12 mars 2025, donc après le passage des enquêteurs de la Chambre régionale des comptes pour mettre fin à la délégation de signature de la collaboratrice de cabinet, c’est bien qu’il y avait une sérieuse irrégularité. À l’article 2 de cet arrêté on lit : « Monsieur Michel LAMARRE, Maire de la ville de Honfleur, décide d’abroger l’arrêté n°2021-54 portant délégation de signature à Madame … en sa qualité de collaboratrice de cabinet ».
Oui, mais non ! Pour le maire, valider le « service fait » avec une signature, ce n’est pas « une subdélégation irrégulière octroyée à la collaboratrice de cabinet » puisque ce n’est pas elle qui « procédait directement aux engagements comptables dans les faits ». Ça c’est sûr, elle n’ouvrait pas le logiciel de compta pour passer les écritures ! Si ce n’est pas un mandatement en bonne et due forme, la Cour des comptes a considéré que la délégation de signature de la collaboratrice était bel et bien « irrégulière ».
Et il ne s’agit pas de babioles ! La Chambre régionale des comptes écrit : « Cette collaboratrice assure l’engagement juridique des factures de frais de restaurant inscrits au compte 6257 « réceptions » (qui représentait 14 934 € en 2023), ainsi que d’autres types de dépenses, mais pas leur mandatement. »
Et puis la propagande, c’est aussi « oublier » de citer ce qui fâche dans le rapport : « la chambre a noté que seules de très rares factures de restaurant ou de nuit d’hôtel, mentionnent le nom des bénéficiaires. Si la commune a pu fournir a posteriori un tableau détaillant le nom et la fonction des convives, ces informations n’apparaissent pas sur les factures. Certaines factures ne comportent pas de signature et d’autres sont signées de la main de la collaboratrice du cabinet, pour des montants dépassant les droits octroyés par délibération. » Sans commentaire !
Ajoutons que M. Achouri a oublié de dire que sur ces 11 recommandation, 9 portent sur des irrégularités et 2 sur une performance insuffisante.
Le 3e logement pour « nécessité de service », suite !
La presse l’a deviné, il s’agit de la ferme du Manoir du Désert (bâtiment d’habitation, dépendances et terrain où gambadent des chevaux). Nous en avions déjà parlé dans notre article « Au bout des comptes » : https://sauvonshonfleur.fr/2025/10/05/au-bout-des-comptes/ . Pour résumer, un locataire privé occupe ces lieux, « pour une « redevance » mensuelle de 250 € et moyennant l’entretien et le gardiennage de l’ensemble des espaces de la « propriété. » La Chambre régionale des comptes souligne que si le bénéficiaire n’est pas agent municipal, il ne saurait donc être logé dans le cadre du « service » et en contrepartie de prestations. Elle demande qu’un « bail (soit signé) qui n’inclut pas une contrepartie de prestation de service et à un tarif plus conforme au marché locatif. »
Qu’a fait la commune ? M. Lamarre répond dans son communiqué publié par Honfleur Infos : « Une nouvelle convention de location a pris effet dès le 1er avril » c’est-à-dire après l’enquête de la Chambre régionale des comptes. Et alors ? On aimerait bien connaître la nouvelle « convention ». La Chambre demandait un bail, pur et simple, sans contrepartie et à un prix conforme au marché locatif … Cette convention a-t-elle été présentée au conseil municipal ?
Et pour finir la publicité interdite
Not’bon maire ne pouvait pas s’empêcher de faire sa promotion (interdite depuis le 1er septembre). Alors qu’il annonçait au début de son communiqué vouloir rectifier des interprétations inexactes, le voilà qui fait sa pub en déclarant que « Le rapport met également en avant plusieurs points positifs » . Non, not’bon maire ne cite pas les « points positifs » du rapport à savoir l’attractivité touristique et les recettes qui vont avec. Il reprend des mots ou des bouts de phrase du rapport de la Chambre régionale des comptes, détachées de leur contexte et s’en sert pour sa propagande.
Un exemple avec la création d’une rubrique « Finances locales » sur le site internet. Le maire écrit dans son communiqué publié sur Honfleur Infos : «Le rapport met également en avant plusieurs points positifs » et il cite : « Transparence : Une rubrique « Finances locales » a été créée sur le site internet pour renforcer l’accès du public aux documents budgétaires et conventions de subventions. » NON ! Ce n’est pas la Chambre qui souligne la rubrique « Finances locales » sur le site, c’est le Maire dans sa réponse aux critiques de la Chambre sur le manque de transparence. Et depuis quand cette rubrique existe-t-elle ? Not’bon maire se garde bien de le dire. C’est tout récent…
Ces entorses à la loi (code électoral et code général des collectivités territoriales), cet embrouillamini entre les faits, et les dires, entre ce qui a été fait avant, pendant et après le passage de la Chambre régionale des comptes, nous ont soufflé notre titre : « De l’Hôtel de ville au quai des Menteux », il n’y a que quelques pas à faire…
(Pour les néo-Honfleurais, le « quai des Menteux », est un parapet, situé au nord de la Lieutenance où les Honfleurais avaient l’habitude de venir s’asseoir et discuter. C’est à cet endroit que beaucoup de rumeurs ont pris naissance…)
